Spiritualité Inculturation

L'Inculturation avec JESUS CHRIST

L'Inculturation avec JESUS CHRIST SUR LES ROUTES D'AFRIQUE. (PERE JEAN SINSIN BAYO; UCAO)

DEFINITION DE L'INCULTURATION


D'une façon primaire, c'est le fait de mettre l'Evangile dans la culture d'un peuple.
Il y a un double mouvement.
Dieu entre dans la culture comme principe d'accomplissement, l'homme accueille l'Evangile avec ce qu'il est et en fait le principe animateur de sa culture.

LE TERME CULTURE

« D'une manière simple la culture est tout ce par quoi l'homme, tout peuple, à travers l'espace et le temps exprime et imprime (à la fois) son être, sa foi, son espérance à travers des éléments qui le caractérisent et l'identifient par rapport aux autres peuples. C'est aussi l'ensemble des réponses que donne un groupe humain à des questions existentielles. La culture est donc la transcription à travers l'espace et le temps de ce que pense un peuple, de sa vision du monde, du passé, du présent de l'avenir de l'existence ici-bas et dans l'au-delà. Tout cela constitue une conception, un projet global et collectif de vie fonctionnellement organisé en système et acquis par l'éducation. La culture précède l'homme comme organisation. Cependant même si la culture le précède, l'homme transcende la culture puisque c'est l'homme qui pense, qui crée la culture.la culture évolue pour s'adapter à la réalité du temps.
Exemple: vélo c'est « pie-so » = fer cheval, autrement dit: cheval en fer (Dans l'ouest de la Côte d'Ivoire). Aujourd'hui l'école prend le pas sur les camps d'initiation ».
« La culture constitue un tout organique et forme une unité de sens. Chaque élément d'une culture est lié à l'ensemble des autres éléments. Et à travers un élément, on peut remonter à l'ensemble. Chaque élément d'une culture prend sens par rapport aux autres.
Exemple: par une balafre on peut reconnaître que telle personne appartient à telle groupe ethnique, par un totem aussi. C'est une carte d'identité ».
C'est pourquoi l'inculturation doit prendre en compte l'ensemble de la culture. La solidarité africaine est une valeur culturelle mais cette solidarité est refermée sur elle-même, sur les membres du groupe. L'Evangile doit rentrer dans cette fraternité, l'assumer et la faire éclater comme Jésus l'a fait avec sa culture. Il nous faut connaître le projet de chaque culture à évangéliser. Et c'est ce projet qui doit être mis en présence de l'Evangile, assumée, converti et accompli par celui-ci ».

L'INCULTURATION

« Dans un premier temps, l'on peut définir l'inculturation comme le fait de présenter Jésus-Christ, son message dans et à travers une culture de telle sorte que:
Les peuples de cette culture le reconnaissent et l'identifient comme leur Sauveur.
Les peuples de cette culture expriment leur foi, leur vie de chrétien à travers et avec les éléments de leur culture organisés dès lors de manière harmonieuse, dans sa structure et dans sa signification en fonction de Jésus-Christ, à la lumière de l'Evangile et dans la force de l'Esprit.
Dans la pratique, les éléments culturels sélectionnés doivent être réfléchis, restructurés de façon harmonieuse et cohérente pour constituer une unité de sens.
L'inculturation est le processus par lequel l'homme fait entrer Jésus-Christ dans une culture de telle sorte qu'il devienne une force, un principe d'animation qui, de l'intérieur, détermine qualitativement cette culture, la transforme, la transfigure et la porte à son accomplissement. Il n'y pas d'évangélisation sans rupture. S'il y a des négativités, il faut rompre avec elles, si, en une dernière analyse, elles ne comportent aucune possibilité de dépassement. S'il est vrai que le Christ est venu chercher et sauver ce qui était perdu, il n'exclut pas la rupture radicale nécessaire au salut qu'exige la véritable conversion. Il faut assumer les éléments positifs, rompre les négatifs et opérer un changement à la lumière de la Parole de Dieu. Ainsi en devenant chrétiens authentiques, nous devenons nécessairement Africains authentiques. Les différentes cultures constituent un lieu et une possibilité de quête et de découverte d'une nouvelle dimension de sens du donné révélé ».

INCULTURATION ET EVANGELISATION

Evangéliser l'homme
« Lorsque nous parlons d'inculturation notre regard est polarisé sur la culture comme si l'annonce de L'Evangile ne concerne que la culture. En fait, la culture n'est que le lieu, le moyen par lequel la parole de Dieu atteint l'homme. L'inculturation par conséquent consiste fondamentalement à évangéliser l'homme, son cœur, sa mentalité. Et c'est cet homme converti, remodelé à l'image du Christ qui va convertir sa vie, donner de nouvelles réponses aux problèmes qui surgissent dans sa vie et ainsi créer une structure, une culture chrétienne. Il faut rejoindre l'homme d'aujourd'hui dans ses réalités de vie. L'inculturation consiste à faire rencontrer l'homme et son Dieu au présent de l'histoire dans la densité de tout ce qui caractérise et constitue la vie de l'homme ».
Ce qu'est l'inculturation
« L'inculturation est plus vaste que la création liturgique. D'une façon générale, quand on parle d'inculturation, on pense à l'effort de rendre une liturgie authentiquement africaine, vivante, intégrant rites, symboles hautement africains.
Mais l'inculturation est une réalité plus vaste et plus riche que laquelle Dieu entre dans tous les aspects de la vie des Africains et par laquelle les africains viennent à Dieu tels qu'ils sont, se convertissent et deviennent des Africains convertis, accomplis dans leur africanité. Ainsi l'inculturation apparaît non comme une modalité d'annonce de l'Evangile mais une nouvelle forme d'évangélisation de l'Afrique jusque dans les profondeurs de son être et ses racines culturelles.
L'inculturation est quelque chose de permanent, de continuel, de dynamique; c'est une œuvre ouverte. La création est un acte d'inculturation. Dieu rejoint toujours l'homme dans sa culture: Abraham, Isaac, Jacob.
L'inculturation est plus vaste que la recherche et l'affirmation d'une identité culturelle et religieuse; l'inculturation vise la transformation totale de l'Afrique, le retournement de tout ce qui fait et défait l'Afrique. Sans faire de l'archéologie, nous devons aider l'homme africain à découvrir ce qu'il est et à se dépasser pour s'accomplir en vérité théologique et anthropologique.
Historiquement le mouvement de l'inculturation est né dans un contexte conflictuel.
Il a surgi dans un contexte de l'Afrique cherchant à se libérer de l'étau colonial pour affirmer son identité, sa dignité humaine, culturelle et gérer elle-même son destin dans la dignité des peuples souverains.
Pour éviter de faire de l'inculturation une insurrection anthropologique et culturelle, il s'avère urgent de la fonder au cœur même de Dieu et de son mystère.
L'inculturation est pour nous le lieu de dire en quoi Dieu, la foi en Dieu est importante pour nous Africains, change positivement notre vie, nos cultures, nous épanouit, et nous sauve. L'inculturation est le lieu de dire la signification de Dieu, de sa parole, de son Eglise, de ses sacrements pour nous aujourd'hui et maintenant dans les débats et les combats des Africains, pour nous émerger à la civilisation de l'humain, à l'humanité en plénitude manifestée en Jésus-Christ.
Il n'y a pas d'inculturation sans la croix.
Nos cultures doivent mourir et ressusciter avec le Christ pour vivre la pentecôte, dans l'ouverture à la parousie et à l'attente de leur accomplissement définitif ».
La nécessité de l'inculturation
« L'inculturation vise à montrer que la religion chrétienne n'est pas à coté de la vie de tous les jours mais que dans l'Eglise, Dieu sauve l'homme, tout homme, c'est-à-dire corps et âme, dans l'histoire de l'au-delà de l'histoire.
C'est la capacité de l'Eglise d'Afrique à montrer dans les faits de Dieu en Jésus-Christ dans son Eglise et dans la communauté qui le représente, s'occupe des hommes, les protège de tout mal, qui la rendra crédible aux yeux des peuples Africains. Le travail de l'inculturation est donc nécessaire Dieu s'est manifesté dans l'histoire des hommes de manière efficace. C'est dans la vie quotidienne que Dieu manifeste et réalise sa présence et son salut comme signe de salut définitif. Le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jésus Christ est le Dieu de l'histoire (Luc7, 22). Ainsi la rencontre de Dieu avec un homme ou un peuple est toujours essentiellement personnelle et historique.
Voila pourquoi aucune communauté humaine ne peut comprendre, dire vivre sa rencontre avec un Dieu par procuration: dans et à travers l'être et le langage culturels d'un peuple ».

LES ENJEUX DE L'INCULTURATION

A - Dire l'importance et l'efficacité de la loi en Dieu en Afrique aujourd'hui

1. l'Afrique, un homme Religieux

« Si nous croyons en Dieu et si nous annonçons Jésus Christ, c'est parce qu'il joue un rôle important dans la vie de l'homme. L'une des conclusions que nous pouvons tirer d'une manière générale de l'analyse des sociétés africaines c'est que les peuples africains sont religieux. Toutes leurs activités, leur vie, leur vision du monde sont tournées vers Dieu et déterminées par lui, du moins théoriquement. Dieu occupe une place importante dans la vie de l'homme Africain. L'Africain est fondamentalement théocentrique. Il vit toute sa vie en dépendance par rapport à Dieu. Sans lui, il n'est rien. Il exprime cette dépendance en cherchant le secours des esprits, des génies protecteurs qui sont des agents de Dieu dans l'organisation et gestion de la vie quotidienne. »
« Pour l'Africain, Dieu est efficacement présent au cœur de l'histoire. C'est dans cette perspective qu'il nous faut saisir l'importance de l'inculturation.
Dieu étant loin, et donc pas à sa portée, l'homme Africain recourt à des intermédiaires jusqu'à oublier le créateur. Les créatures, les esprits intermédiaires deviennent un écran. Ils sont divinisés et leur efficacité empêche l'homme d'atteindre Dieu.
Dire l'importance et l'efficacité existentielle de la foi en Dieu
L'enjeu fondamental de l'inculturation en Afrique c'est de montrer dans les faits que Dieu est avec l'homme et pour l'homme comme son père, son parent, son guérisseur, son médecin, son guide, son appui inébranlable dans la vie, la maladie et la mort; son sauveur sur cette terre et dans l'au-delà.

L'enjeu de l'inculturation est de manifester le caractère global et intégral du salut. Il concerne et saisit la totalité de la vie de l'homme. Aucun aspect de sa vie ne se trouve en dehors de l'influence de salut de Dieu.
Jésus Christ dans son Eglise et par son Eglise doit être efficacement à l'œuvre dans toute la vie quotidienne du croyant.
B- Dire l'importance de la venue de Jésus Christ dans le monde comme événement de salut pour nous Africains
Par le travail de l'inculturation nous voulons montrer et dire que la venue de Jésus Christ dans le monde constitue pour nous un événement de salut. Dans la personne du fils de Dieu incarné, Dieu se fait proche des Africains. C'est une présence concrète de Dieu dans le monde que réalise et incarne l'Eglise. Désormais le Dieu que nos ancêtres croyaient loin dans le ciel est désormais proche de l'homme. Cette présence du Christ dans le monde détruit en l'homme Africain le sentiment de l'insécurité et la peur qui l'habitent depuis toujours.
La vie de l'homme est au cœur de la vie de Dieu et celle de Dieu est au cœur de la vie de l'homme. Par cette présence du Christ c'est la fin de l'économie des médiations (He1, 1). L'économie des esprits, des génies est finie. Des hommes ont parlé au nom de Dieu. Désormais c'est Dieu lui-même qui parle et agit en chair et os.
En devenant un homme comme nous, Dieu en Jésus Christ authentifie la dignité, la grandeur de chaque être humain, de chaque peuple. Refuser notre identité africaine que Dieu nous a donnée c'est accuser Dieu: dépigmentation de la peau pour devenir claire par exemple. Il y a dans cette pratique, une tentative de renoncer à être Africain.
Sur le visage du Christ nous voyons la splendeur de tout homme, de toute culture. En chacun de nous il y a un éclat, une splendeur de Dieu. A l'image de Dieu et à sa ressemblance, nous sommes tous créés. Nous aussi, peuple d'Afrique, nous avons été créés et nous sommes à l'image et à la ressemblance de Dieu.
Par ailleurs Dieu, en devenant un homme en son fils Jésus, confirme la valeur divine de tous les hommes et de tous les peuples. Dieu, en son fils devenant homme, en particulier un juif, confirme la particularité de chaque peuple. Le fait que Dieu se soit fait homme fait comprendre à l'homme Africain que tout homme est valable, grand, digne au regard de Dieu et à partir de Dieu. Sa grandeur, sa dignité sont fondées en Dieu et à partir de lui seul. Tout homme, tout peuple doit être fière de soi-même, mais d'une fierté authentique, théologique et se débarrasser de tout complexe d'infériorité ou de supériorité ».
« L'inculturation du Fils de Dieu prend toute sa signification et sa valeur rédemptrice dans le contexte actuel de pauvreté humaine, anthropologique où l'Africain se trouve. Quand nous parlons de pauvreté, c'est dans le sens de notre être. Traumatisés par les violences et les humiliations d'hier et d'aujourd'hui (esclavage, colonisation, néo colonisation), les Africains ont fini par croire qu'ils ne sont rien dans ce monde gigantesque et puissant, qu'ils sont relégués à la périphérie de l'histoire, de la vie économique, politique et culturelle du monde moderne.
Jésus Christ nous révèle la grandeur de notre humanité, notre responsabilité dans la prise en charge de notre destin. Nous sommes créés à l'image et à la ressemblance de Dieu pour devenir avec lui Co-créateur de l'univers. L'avènement de Jésus Christ nous permet de redéfinir l'homme Africain, son projet social, la valeur de ses coutumes et de ses traditions. Jésus Christ constitue ainsi le paramètre de notre humanité, de notre africanité (être Africain) authentique. «

IV- JESUS CHRIST ET LES TRADITIONS AFRICAINES

Revenir à Jésus Christ, l'essentiel de notre foi.
« Jésus Christ face aux coutumes juives de son temps doit être pour nous Africains, le modèle à suivre dans notre rapport avec nos propres traditions africaines. Juif pieux, Jésus a vécu selon les coutumes et traditions de son peuple. Cependant il a remis en cause certains des traditions de son temps. Il l'a fait au nom de sa foi en Dieu et de sa volonté d'accomplir la volonté de Dieu en tout. Dieu étant l'être suprême, la source de la vie, vivre en communion avec lui c'est se remettre entre ses mains. Jésus Christ alors a choisi de vivre pour lui-même et pour l'homme au nom de Dieu. C'est au nom de Dieu qu'il a condamné et rejeté tout ce qui n'honore ni l'homme, ni Dieu dans sa culture. C'est pour cela qu'il a basé son enseignement sur l'Amour de Dieu et du prochain (Lc10, 25-37; parallèle: Mt 22,34-40; Mc 12,28-31; Cf. Dt 6,4-9; Lv 19,9-18)
Et c'est en cela que Jésus vient nous aider à vivre en chrétiens en Afrique, au cœur de nos traditions.
Aimer Dieu sera donc pour l'Africain croire en lui seul, n'avoir que lui comme appui, en dehors de Lui il n'existera pas d'autres dieux et sauveurs (Ac 4,12).
Aimer l'homme c'est le considérer comme richesse de Dieu, un don précieux dont l'on doit prendre soin. Ainsi donc par amour pour Dieu l'Africain pourra se débarrasser de tout ce qui, dans sa culture, dans ses coutumes le rend inhumain, le détourne du Dieu véritable et vrai (Jn 17,3 sq.). La foi en Jésus Christ permet de convertir, crucifier tout ce qui est pervers dans nos traditions afin que ressuscitent et demeurent les valeurs authentiques d'Afrique dans leur particularité enrichissante pour les autres peuples et le met en contradiction d'être, de penser et d'agir avec lui.
L'inculturation devient ainsi au nom de Jésus Christ l'occasion de la renaissance et l'accomplissement de l'homme Africain et de ses cultures. Cet effort d'inculturation qui saisit l'homme Africain dans sa vérité et l'œuvre à la vérité de Dieu est un travail patient, collectif et ecclésial. Il est un mouvement de conversion en profondeur qui, en définitive, constitue notre réponse à l'appel à la sainteté que Dieu nous adresse (Mt 5,48). Elle marque le caractère d'exode de notre vie dans le royaume, vers l'accomplissement définitif de notre être, de nos cultures, de nos projets d'homme et de société et de notre histoire ».